Qui tape à la porte? C’est le temps qui passe, qui t’en veux. Ce blaireau qui t’a doublé sur l’A 62 entre Bordeaux et Montauban qui voit un chat mort, quand toi, tu vois un papillon.
Qui tape à la porte? C’est l’heure de l’apéro. Un whisky quand il fait froid ou un jaune quand il fait chaud. Peut-être c’est une très grande stresse. La maitresse de ton mari, ou le mari de ta maitresse.
Qui tape à la porte? C’est le repas au bistrot avec les vrais copains. Tu peux les conter sur les doigts d’une main. Un deux trois quatre. Cinq c’est ton chien.
Qui tape à la porte? C’est le néant et le vide. La poésie sans Baudelaire et Voltaire ou la télé sans Michel Drucker. Ou pire. C’est l’espace entre lire et dire. C’est une remarque stupide. Les mots qui blessent. Les conseils sans tendresse,ou le tabac qui te demande « T’ allais vraiment sortir sans moi? »
Qui tape à la porte? C’est le confort qui t’a volé ton âme. C’est le choc du rap et le soliloque du slam. C’est ton alimentation équilibrée, oranges d’Espagne en janvier, serres qui polluent, visible de la lune, mais le gout est bon et apparément tu es en manque de la vitamine C. Et comme ça les patrons de ton supermarché partent au tiers monde à la chasse des espèces protégées.
Qui tape à la porte? C’est l’huissier.C’est sûr que tu dois payer car jusqu’à là t’as rien fait de bien. Mais de l’aventure t’en as grand faim, et dans la caverne du dragon tu trouveras ta voix. Tes noms: malheur jalousie humiliation désarroi. Ton destin ? Noir. Ton trésor? Ça c’est ton histoire que tu n’écriras pas d’une nuit. Non. Il te faut tout une vie remplie de bougies d’or. Et pour la raconter depuis? Une heure, une minute, un regard suffit.
Qui tape à la porte? C’est la nostalgie menteuse qui est le cancer du présent. C’est une sourire joyeuse que tu ne retourne pas. C’est le boulot à faire. Tu sais presque comment mais pas vraiment pourquoi. C’est ta vague que t’as raté. La douleur du progrès. Ta jeunesse qui dit au revoir. C’est ta réussite économique qui tue ta créativité ou un instant poétique qui s’échappe de ta memoire. C’est ta honte, mauvais souvenirs, le miroir de tes regrets, un soupir de ton passé. Tes rêves d’enfance. Tu n’y penses guère. Le servolant pris par le Vent d’Autan. Le moment quand tu choisis entre ta femme et ta mère.
Mais aussi c’est un plaisir. C’est la montagne en hiver. L’été à la plage. La mousse de ta bière. La sieste bien mérité. La joie quelques fois. La curiosité de ton chat. Un calin, un parfum, un moment de partage.
Qui tape à la porte? C’est l’âge enfin, ton ennemi fictif. Sacrée vieillesse, cette pute de chagrins sans dents, ni cheveux. Elle t’attend parce que tu lui kiffe bien grave. Et la vieillesse veut sa caresse.
Qui tape à la porte? C’est moi bordel. T’as besoin de moi, je le sais. Mais quand même c’est toujours moi qui appelle. Et quand tu réponds pas je viens là sans problème. Et je tape deux fois.

